« S’adapter pour vaincre » : des essaims de drones-pompiers pour combattre les feux
- Didier Lemaire
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Par Didier Lemaire, député du Haut-Rhin, président de l’AFPCNT, co-président du groupe d’études sapeurs-pompiers, sécurité civile et gestion des crises à l’Assemblée nationale, secrétaire national Horizons en charge de la prévention des risques et de la sécurité civile
Alors que la France fait face à une vague de mégafeux d'une intensité inédite, notre modèle de sécurité civile atteint ses limites. Pour Didier Lemaire, député du Haut-Rhin, il est urgent de tirer les leçons des conflits modernes en intégrant massivement des essaims de drones dans notre stratégie de lutte contre les incendies.
La France suffoque. Ce week-end, alors que le thermomètre s’affole partout dans le pays, c’est un nouveau joyau de notre patrimoine qui s’est embrasé : la forêt de Fontainebleau avec plus de 2000 hectares partis en fumée. Au même moment, en Gironde, ce sont près de 35 000 personnes qui ont été évacuées. Plus tragique encore, des sapeurs-pompiers sont morts.
Ces événements ne sont pas une série noire. Ils sont le nouveau visage de la menace climatique. Les sapeurs-pompiers, tiennent à bout de bras un système de sécurité civile qui atteint aujourd’hui ses limites.
Comme l’écrivait le colonel Michel Goya, il nous faut « s’adapter pour vaincre ». Cette adaptation passe par un changement de paradigme technologique et doctrinal : l’intégration massive des essaims de drones dans la lutte contre les mégafeux.
Les leçons de l’Ukraine : le drone, nouvelle arme de saturation
La guerre en Ukraine a bouleversé notre vision. Le drone n’y est plus un simple œil dans le ciel, mais un véritable outil de saturation et de transformation de l’action. La densité de drones dicte désormais les conditions de mobilité, de commandement (et de survie). Si nos armées doivent contrer la guerre électronique, notre sécurité civile, elle, doit s’approprier sans complexes la puissance de la massification. L’objectif n’est plus de saturer les défenses adverses, mais les fronts de flammes.
De l'avion isolé à l'essaim saturant : vers une sécurité civile du XXIe siècle
Le modèle traditionnel du bombardier d’eau, aussi indispensable soit-il, montre ses vulnérabilités : coût prohibitif, maintenance lourde, action discontinue et incapacité à opérer de nuit ou dans une fumée trop dense...et des livraisons prévues pas avant 2028 ! L’essaim de drones – des centaines d’appareils coordonnés par des algorithmes d’intelligence artificielle – renverse la logique.
Là où un avion largue une masse d’eau ponctuelle, un essaim assure un flux continu, chirurgical, capable de traiter les points chauds en temps réel. Chaque drone devient une unité de frappe intelligente. Grâce à l’IA, la navigation autonome et le ciblage fin permettent d’intervenir 24 heures sur 24, même dans les conditions de visibilité qui clouent au sol les aéronefs pilotés. C’est une véritable « décentralisation des feux » appliquée à l’extinction et qui frappe le feu là où il naît. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est au contraire appliquer pour la défense civile, ce que nous savons déjà faire sur le champ de bataille.
Une doctrine de commandement augmentée
S’adapter, c’est aussi adapter nos architectures de commandement. La doctrine française doit basculer d’une logique prescriptive à une gestion dynamique du risque, fondée sur la performance et l’analyse en temps réel. L’officier de sécurité civile devient un chef d’orchestre numérique, capable de prendre des décisions éclairées en quelques secondes.
Bien sûr, les drones ne remplacent ni les sapeurs-pompiers ni les systèmes « d’armes lourds », type Canadair ou Hélicoptère bombardier d’eau, mais ils s’inscrivent dans une logique de complémentarité, où leur impact dépend de l’intégration à des systèmes de feux et de manœuvre plus large. Mais, ce qui est clair, c’est que nous avons besoins de solutions rapidement, à des coûts abordables. Les essaims drones-pompiers, positionnés dans les endroits stratégiques peuvent être une solution… si nous en avons la volonté politique.
Une BITD pour notre souveraineté de secours
L’équation économique de cette massification est déterminante. En misant sur des plateformes robustes, modulables et produites en France, nous pouvons bâtir une véritable « base industrielle et technologique de défense » (BITD) de la sécurité civile. Des flottilles de drones à coût maîtrisé, maintenues en condition opérationnelle par un écosystème industriel national, garantiraient la pérennité de notre modèle de secours sans dépendre d’achats étrangers de circonstance. C’est un investissement stratégique, une souveraineté maîtrisée. Nos entreprises peuvent être capables de nous produire le matériel qu’il nous faut en 1 an. C’est maintenant donc qu’il faut agir.
Nous n’avons plus le droit d’être résignés. Ce week-end, ce sont 63 départements concernés par un danger élevé de feux de forêt, plus de 8 000 départs de feux et 25 000 hectares qui ont brûlé en ce début de saison d’une « exceptionnelle intensité », soit le double de ce qui a été mesuré l’année dernière à la même date », a déclaré Julien Marion, directeur de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Fontainebleau aux portes de Paris qui confirme que le nord de la France n’est plus épargné. Et ces exemples ne sont que les avant-postes d’un été de tous les dangers.Â
L’heure est à l’innovation
Face à l’intensification des menaces climatiques, l’innovation technologique est un impératif de survie collective. En intégrant, sans délai, les essaims de drones dans notre arsenal de sécurité civile, nous ne modernisons pas simplement des outils : nous changeons de paradigme pour protéger nos populations, nos biens et nos forêts. Pour vaincre le feu, il est temps de s’adapter. Et le temps presse.



