Hôpital de Saint-Louis : parler vrai et agir ensemble
- Didier Lemaire

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

J'aime beaucoup les Allemands. Ils savent défendre leurs intérêts. Et ils s’en donnent les moyens.
De notre côté, du côté alsacien, nous sommes moins bons, nous pratiquons un sport local : le tir dans les pattes. Nous sommes passés maîtres dans l’art du sabordage intime, cette étrange manie de travailler contre soi-même.
Je n’aime pas cela. Un exemple qui me tient particulièrement à cœur, l’Hôpital de Saint-Louis.
Depuis des années, nous sommes quelques-uns à mener une bataille de tranchées pour préserver l’Hôpital, ses services de proximité, sa qualité des soins. C’est un travail discret, de longue haleine, dans les ministères, à l’Agence Régionale de Santé, avec le personnel médical, avec les anciens et les futurs malades.
Et puis, il y en a qui font de l’Hôpital, non un trésor à faire fructifier, mais un objet politique, un pion électoral, un argument de foire pour réseaux sociaux ou un outil pour d’autres intérêts que ceux de nos habitants, bref qui savonnent.
Je pense même que certains veulent s’en débarrasser parce que l'hôpital ne leur apporte que des problèmes.
L’hôpital de Saint-Louis n’est pas un problème. C’est une solution. Comme celui d’Altkirch. Une solution pour nos aînés, pour nos familles, pour nos travailleurs qui n’ont pas les moyens de courir à Bâle ou à Lörrach pour se faire soigner, un rempart contre la désertification médicale. Un symbole de ce que l’Alsace doit offrir : des services publics de qualité, au plus près des citoyens.
Il n’est pas normal qu’on me demande à l’autre bout de la circonscription de savoir quand fermeront les hôpitaux de Saint-Louis et d’Altkirch ? J’ai bien écrit « quand » et non pas « si ». Je le dis avec force : pour moi, il n’y a ni « si », ni « quand ».
Je ne veux plus de ces rumeurs lancinantes et chuchotements assassins qui tuent nos espoirs à coups de murmures, qui cassent les efforts, qui agissent comme un poison lent, qui brisent l’élan des personnels soignants, et installent une résignation de cimetière. Je ne veux plus de ces « coups de com’ » qui servent à exister 5 minutes sur un écran mais qui ne sauvent aucune vie.
Je veux que l’on travaille d’abord ensemble, qu’on aide les nouveaux élus. On ne peut gagner que si on a un discours clair, sans ambiguïté. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
Je veux qu’on entende enfin le bruit des chantiers qui se lancent, des engagements qui se tiennent, des blouses derrière les lits, des vies qui se sauvent !
Je veux qu’on soit fort pour négocier. Et pour être fort, il faut être uni sur une volonté claire, celle d’asseoir l'hôpital sur un territoire qui existe. Il est pertinent car c'est l'histoire qui l’a forgé. Et c'est aux élus de le défendre et de le développer.
Saint-Louis est effectivement dans le bassin des Trois Frontières. Mais, ce territoire n’est pas la 3e roue du carrosse à côté des « géants » bâlois et allemands. La coopération transfrontalière est aussi, et peut être d'abord, une action diplomatique qui repose sur un calcul d'intérêts et de rapport de force.
Et cette force dépend d’abord de l’unité du territoire. « Oui, Monsieur le Député, nous sommes d’accord avec vous, mais sur le terrain, il y en a qui ne défende pas avec votre enthousiasme l’Hôpital. Il y en a qui dénigrent l’Hôpital et les services, qui laissent entendre qu’il y a d’autres hôpitaux à privilégier. »
Nos médecins, nos infirmières, nos aides-soignants se battent chaque jour pour sauver des vies. Et eux, ils n’ont pas le luxe de tergiverser. Chaque jour, ils prouvent que l’espoir est une réalité qui se construit.
L’Hôpital de Saint-Louis est effectivement un symbole. Mais pas un symbole de déclin, un symbole de résistance, comme celui d’Altkirch. Un hôpital qui a des atouts à mettre en avant pour être attractif. Un hôpital qui prouve que l’Alsace sait encore se battre pour ce qui compte.
Nos collectivités ont les moyens de redonner un coup d’attractivité à ce territoire, d’aider les communes à construire des logements pour les personnels soignants. L’Etat doit travailler à rémunérer différemment les agents de la fonction publique hospitalière, j’y travaille mais ce n’est pas encore fait. Et se rendre compte qu’il y a la même distance entre Saint-Louis et Mulhouse qu’entre Mulhouse et Saint-Louis.
Et, enfin, pourquoi ne pas créer une Fondation, inspirée de celle de l’AP-HP pour les hôpitaux parisiens, alimentée par les grandes entreprises qui prospèrent sur notre territoire : santé, pharmacie, biotech… ? Il y en a beaucoup dans le domaine de la santé. Cette Fondation aiderait, dans des domaines à définir avec tous les partenaires, à développer, cette attractivité dont je parle. C’est à travailler avec les élus, les agences d’attractivité et les citoyens.
Le Sud Alsace - le Pays de Trois Frontières, comme le Sundgau-, ne se pense jamais isolément, mais comme un carrefour et un lieu de passage, et dont l’identité se nourrit du travail, de la coopération et d’une capacité de résistance créatrice. Elle est une terre travaillée, labourée, défendue, reconstruite, habitée par des hommes et des femmes qui unissent leurs forces pour la faire vivre.
Alors, soyons positifs. Soyons inventifs. Soyons surtout offensifs. Faisons de ce territoire un pôle d’attractivité irrésistible pour les soignants, avec des logements dédiés et une ambition renouvelée.
J’ai commencé en évoquant les Allemands, je terminerai par le plus illustre d'entre eux, celui qui aimait tant notre Alsace. Johann Wolfgang von Goethe nous a laissé cet ordre de mission : « Was immer du tun kannst oder träumst, es zu können, fang damit an. » « Quoi que tu puisses faire ou que tu rêves de pouvoir faire, commence-le. »
Alors n’attendons plus.



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